Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Watashi wa Valentin desu

Watashi wa Valentin desu

des nouvelles de Kyôto

Retour à la leçon 1

Après des mois d'immersion chez les Nippons, il faut avouer que nous ne sommes pas encore tout à fait à l'aise avec leur langue. Julie m'a dit qu'elle sentait le "décollage proche", ce qui doit vouloir dire que, bientôt, elle aura engrangé suffisamment de carburant pour déployer ses ailes et se lancer dans des conversations trépidantes avec les autochtones, sous le regard médusé de son mari et de ses enfants. On guette... et on vous tient au courant.

Pour ma part, je reviens régulièrement à la charge, reprenant à chaque fois depuis le début les leçons d'une des méthodes que nous avons embarquées dans notre aventure. Ces pauvres méthodes dont la leçon numéro 40 doit se dire que jamais elle ne verra la lumière du jour. "Mais qu'a-t-elle de plus que moi, cette leçon numéro 1 ?" doit-elle se demander. Eh bien justement, la leçon numéro 1 de "40 leçons pour parler japonais" (Pocket) comporte une petite section d'introduction que j'aime beaucoup. Et cela fait déjà longtemps que je voulais lui consacrer un billet sur ce blog.

Il s'agit d'un exemple de phrase en japonais, que je reproduis ci-dessus. Outre une information géographique utile, cette phrase illustre assez bien, je trouve, le côté patchwork de l'écriture japonaise. On croise des kanji, des hiraganas, des katakanas, des chiffres arabes, et même de lettres romaines (si si, regardez bien l'unité de superficie). 

Il semblerait que cela vienne d'un processus d'accumulation. Au IVème siècle, les Japonais se mettent à l'écriture et importent les kanji chinois. Dans notre bouquin "le japonais en manga", il y a un passage intéressant sur les problèmes qu'ont posé le passage du chinois au japonais. En effet, les deux langues sont phonétiquement très différentes : le chinois possède par exemple 4 tons pour un même vocable, ce que n'a pas le japonais. J'imagine la scène du représentant de commerce chinois venu vendre ses kanji à un Japonais : 

« - Regardez ce superbe idéogramme : 小. Ça se prononce "sho". C'est beau, non ?

- Superbe !

- Et celui-ci: 生. Il signifie "vivant", et il se prononce "sho".

- Ha oui !

- Ha, et celui-là est un de mes favoris : 将. Il est beau, n'est-ce pas ? Très utile dans la conversation de tous les jours. Il veut dire "futur".

- Et il se prononce comment ?

- "sho".

- Je vois...

- Attendez ! J'en ai encore plein. Tous plus merveilleux les uns que les autres...

- Non, non, ça ira. Je prends tout, c'est bon. Vous m'emballez bien tout ça d'accord ? Merci ! »

Voilà comment la politesse des Japonais, incapables de dire non pour ne pas perdre la face (ou la faire perdre à leur interlocuteur, je n'ai pas encore bien compris), les conduisit à la faute originelle qui rend leur langue si complexe. Si, si, ça s'est passé comme ça, je vous assure ! J'ai peut-être juste un peu raccourcit la conversation. Parce que, pour "sho", on compte environ 60 idéogrammes différents ;o)

Plus tard, il y eut des tentatives audacieuses de création de systèmes plus simples. Des savants lettrés ont proposé les hiragana. Fantastique ! Les instances dirigeantes ont adopté avec enthousiasme. Tout en gardant les kanji bien sûr... parce qu'il ne faudrait pas faire perdre la face au type qui s'est fait escroquer par un Chinois il y a quelques siècles ! Et rebelote pour les katakana quelques temps plus tard. Et quand les occidentaux sont arrivés, on a trouvé ça joli, le romaji, alors on en a pris aussi un peu. 

Blague à part, le même bouquin "le japonais en manga" prévient qu'« il ne faut pas considérer l'étude des kanji comme une corvée mais comme un amusement ou un passe-temps ». Et c'est vrai que, passés la stupeur et le découragement des premiers temps, on y prend goût à ces petits dessins plein de petits traits (le dernier en date que j'ai appris à écrire, c'est 曜 ; faut un crayon bien taillé croyez-moi).

Pour finir, n'ayons pas peur de généraliser à outrance : cette propension à procéder par accumulation, je trouve qu'on la retrouve dans leur ville. Vous vous souvenez de la vue de Kyoto depuis la gare ? Franchement, vous ne trouvez pas que ça ressemble au texte reproduit ici ?

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article